Dom Léonce Crener (1888-1963) Fondateur du Monastère
LE FONDATEUR
Le monastère Notre-Dame du Mont-des-Oliviers est rattaché à la congrégation de Solesmes. Il fut fondé le 22 avril 1947 par Dom Léonce Crenier, moine de Saint- Wandrille puis prieur de l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac au Canada jusqu’en 1944.

Emblème de la congrégation de Solesme
Père Schmidt, Premier Prieur du Monastère
L’ORIGINE DU MONASTERE
Dom Léonce Crenier (1888-1963) relate cette aventure étonnante :
Après la suggestion, à laquelle j’adhérais, d’une fondation à la Martinique, je vis dès l’abord qu’il ne pouvait être question d’implanter telle quelle dans un pays tropical très pauvre, la grande vie bénédictine des monastères continentaux. Une adaptation s’imposait. Que devait-elle être ?
En juillet 1946, je fis mon premier voyage à la Martinique, pour aller voir Mgr l’évêque et la propriété qu’il mettait à notre disposition à Saint-Pierre. C’était l’ancien séminaire collège, rasé le 8 mai 1902 par l’éruption du Mont-Pelé. Cet emplacement avait appartenu autrefois aux jésuites qui avaient la paroisse du Fort. Ensuite, il avait été habité par M. Dupont, le saint homme de Tours. Enfin, c’était devenu le séminaire-collège des Pères du Saint- Esprit, et nombre de nos amis encore vivants y ont fait leurs études avant la catastrophe de 1902.
Propriété de l’évêché, ce terrain était pratiquement confisqué par un locataire qui y cultivait des cannes à sucre, et qu’il n’était pas facile d’évincer à cause de la législation quelque peu anarchique qui sévissait alors. Récupérer cette propriété fut l’oeuvre de Mgr l’évêque, du R.Père Vénard, alors curé de Saint-Pierre, et de notre excellent ami et voisin M. Victor Depaz. Je vins donc voir cette propriété en juillet 1946 et je dis tout de suite à Monseigneur : « Excellence, c’est bien trop chaud pour une communauté. Il y en aura toujours qui ne pourront s’adapter à cette chaleur ». C’est ce qui est arrivé en effet depuis 15 ans.
Naturellement, j’étais profondément reconnaissant à Mgr l’évêque pour sa générosité et sa bonté ; mais il fallait penser à l’avenir de la future communauté. Je cherchai donc, durant les trois mois de mon séjour, autre chose dans les hauteurs où la température est beaucoup plus fraîche. N’étant pas du pays et n’y connaissant personne, je ne trouvai rien, ni au Morne-Vert, ni au Morne-Rouge, ni au Gros-Morne (morne signifie hauteur, petite ou grande).
En septembre, je recevais un cablogramme de Dom Cozien, abbé de Solesmes, qui, après avoir fait la visite canonique à Saint-Benoît-du-Lac, se trouvait à Washington. Il voulait me voir. Je pris un cargo qui partait pour la Nouvelle-Orléans, via Cuba, et vingt jours après, j’étais à Washington, reçu paternellement par Dom Cozien. Il ne pouvait pas prendre la fondation sous son patronage, et Sain-Benoît-du-Lac ne le pouvait pas non plus. C’était du reste quelque chose de très spécial, une expérience d’un avenir humainement très incertain, dans laquelle la Congrégation ne pouvait se compromettre. Dom Cozien voyait bien qu’il y aurait une adaptation à faire, des tâtonnements pour y arriver, des mitigations et changements notables à apporter à l’observance ordinaire de la congrégation bénédictine de Solesmes. A cause de cela, il trouvait préférable que nous nous missions entièrement, Dom Crépeau et moi, sous l’obédience immédiate de Mgr l’évêque de la Martinique, pour commencer, ce qui fut résolu. Je quittais Dom Cozien là- dessus. Il bénissait l’oeuvre avec la plus grande bienveillance et nous donnait, pour ainsi dire carte blanche.
Cette fondation que je n’avais ni prévue ni voulue, se présentant à moi comme indiquée par la Providence, plusieurs choses furent tout de suite claires à mes yeux :
D’abord, il s’agissait d’un pays peuplé surtout par une population de couleur. Donc, le Seigneur voulait qu’on lui offrit cette belle vie contemplative bénédictine qui on me pardonnera cette opinion est la plus belle de toutes, la plus simple, la plus humaine et la plus efficacement apostolique.
Ensuite, il s’agissait de faire du futur monastère un centre d’accueil et d’amitié pour la population martiniquaise, et donc de ne pas l’éloigner par les apparences un peu seigneuriales des grands monastères continentaux ; mais au contraire de nous mettre à peu près à son niveau par la pauvreté de nos bâtisses et de notre vie. Je me suis assez longtemps demandé si nous allions appeler cela un monastère ou une fraternité, une amitié.
Il allait de soi pour nous que la fondation était interraciale, c’est-à-dire qu’elle accueillerait toutes les races. On dira qu’un monastère est cela tout naturellement. Oui, en théorie ; mais la pratique a été le plus souvent différente.
Enfin, je voudrais réaliser là une pensée de toute ma vie : chanter tout l’office au lieu d’en réciter une partie plus ou moins grande. En 1922 ou 1923, lors d’une visite de Dom Cozien au monastère de Saint-Wandrille en France, je lui avais dit : « Je ne comprends pas et je ne comprendrai jamais que l’on puisse réciter des psaumes, qui sont essentiellement des chants. C’est comme si, par exemple, une cantatrice arrivait sur la scène et récitait, « l’Air des Bijoux », au lieu de le chanter : on la sifflerait ».
Tous ces désirs initiaux ont été réalisés, grâce à Dieu.
Dès la fin de 1947 et début de 1948, les premières cellules furent construites. Une chapelle provisoire fut construite au début de 1948 sur de vieilles fondations retrouvées là. Au printemps de 1948, le monastère comprenait un oratoire, une rangée de cellules, une cuisine et un abri pour les récréations et les conférences. Des poteaux de bambou constituaient l’armature des cellules ; des lattes fendues de bambou et de la paille de cocotier comblaient les vides entre les poteaux de bambou, et l’ensemble était couvert en paille de cannes à sucre. Cette installation dura jusqu’au transfert du monastère de Saint- Pierre à Terreville.
Dom Crener devant une cellule
Les premières cellules
LE TRANSFERT A TERREVILLE
La communauté fut transférée en 1965 sur les hauteurs de Schoelcher dans le quartier Bel-Air–Terreville.
En effet, le lieu où s’était d’abord installée la communauté s’avéra trop chaud pour les moines, même les Antillais. Bien des sujets n’auraient pu supporter une telle température. D’autre part, les récréations d’une grande école voisine, des clameurs du stade de foot-ball gênaient le recueillement et le silence qui sont de mise dans un monastère.
On chercha un autre site plus frais. Celui-ci fut offert dans la commune de Schoelcher, au village de Terreville, à un peu plus de 300 mètres d’altitude. Cet endroit verdoyant présentait vers le Sud un beau panorama sur la baie de Fort-de-France, l’étendue bleue de la mer des Caraïbes et, au Nord, sur les Pitons du Carbet. Fin janvier 1962, les travaux de terrassement commencèrent à Terreville. La même année, un des premiers fils spirituel du Père Crenier, Dom Patrick Webster, originaire de Sainte-Lucie, devenait prieur du monastère. Il devait le gouverner jusqu’en 1969, année de sa nomination à l’évêché de l’île de la Grenade. Le 5 mai 1963, Mgr de la Brunelière bénissait la première pierre du futur monastère, Notre-Dame du Mont-des-Oliviers, et célébrait ensuite la messe. Le 31 juillet 1965, jour anniversaire de la naissance de Dom Crenier, la communauté s’installa à Terreville, sous le priorat de Dom Patrick Webster. L’église du Prieuré, terminée en 1968, fut consacrée en 1972, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la fondation.
Ainsi donc, la vie monastique a germé en Martinique comme elle l’a fait depuis des siècles un peu partout dans le monde. De tous temps, l’Esprit-Saint a inspiré à des hommes le besoin de rencontrer Dieu dans la solitude et de lui consacrer entièrement leur vie. C’est là une donnée de l’expérience humaine, un phénomène qui se vérifie en dehors et au coeur de l’Eglise.














